Ecriture Passion par Patrick

Ecriture Passion par Patrick

La mise à pied

La Blanche Colombe ne vit certes jamais le jour et moi, durant cette année de troisième, je ne vis pas les roues tourner !

 

En milieu d’année, je suis convoqué chez le principal qui m’annonce que je suis mise à pieds trois jours.

Ce pauvre homme est presque compatissant !

 

«  Ce que j’ai à vous dire n’est pas agréable à entendre mais croyez moi, la décision ne fût pas facile à prendre non plus. Vous conviendrez que vos résultats sont proches de zéro, et surtout, que votre attitude devient insupportable !A tel point que certains de vos professeurs n’osent même plus vous faire une remarque, quand, par chance, vous participez à leur cours !Donc, j’ai blablablabla……………………………de vous exclure temporairement……………….nananère……………. ».

 

En fait, il me fait presque de la peine ce mec !! Il est désolé de tant de choses !! Mais que voulez vous qu’il fasse puisque  même les courriers qu’il adresse chez moi n’obtiennent pas de réponse !!

 

Bon, là, je vous dois une explication : N’allez surtout pas penser à une complicité de ma mère !!! Oh non !!

 

Je courrier est déposé par le facteur chez le concierge……….et……………..le concierge a une fille, Hélène. Et……. Hélène est mon amie. Elle vit seule avec son père, un ivrogne violent et fainéant.

 

C’est Hélène qui se tape l’entretien des trois cages d’escaliers et des communs. J’aime bien, moi, parfois, aller avec elle dans les escaliers. Je l’aide. J’adore faire les rampes en bois et leurs pieds en métal travaillé. Une fois, quelqu’un l’a rapporté à ma mère ! Oulàlà !!

 

« Ben vl’a aut’chose maintenant ! Mon fils qui nettoie les escaliers avec la fille de la concierge ! Non mais quelle honte ! Bientôt tu sortiras les poubelles de l’immeuble aussi ? Tu sais que nous, on paie pour ça !! Ton père se crève pas sur la route pour que tu fasses le concierge !! Il m’aura tout fait celui-ci !!! ».Phrases ponctuées de ces éternels pleurs, bien sur, censés me culpabiliser.

 

La loge de concierge est divisée en deux pièces. L’escalier A passe au milieu. La cuisine est sur la cour et la chambre sur la rue.

Parfois, son père va faire une virée en ville et l’enferme dans la cuisine. Elle n’a donc que la fenêtre pour sortir mais il y a des barreaux.

La première fois qu’elle m’en a parlé, c’était justement à travers cette fenêtre, quand je passais dans la cour. Alors, on a trouvé un truc. J’ai vu que la serrure était à l’intérieur de la porte, une serrure apparente. Donc, la gâche accessible !

1)     Piquer un bon tournevis à mon père

2)     Apprendre à Hélène à retirer les quatre vis qui tiennent la gâche sans agrandir les trous dans le montant

3)     Enlever la gâche et ouvrir la porte

4)     Se sauver !!

 

Hélène était un véritable garçon manqué. Jusqu’à sa coupe de cheveux improbable !

 

Des fois, quand son père n’était pas là, on jouait dans la chambre sur le grand lit

. On faisait du judo. Enfin, on se faisait des prises………….Enfin, on jouait………….heu…

 

Je ne saurais que plus tard que notre « tatami » fût le témoin d’autres ébats entre son père et elle. Quand il fût viré et incarcéré, je ne revis plus jamais Hélène, petite gamine victime et paumée que j’aimais bien.

Donc, tout ce qui devait venir dans notre boite à lettres et qui portait le tampon du collège était bloqué et m’était confié. Hélène ouvrait les enveloppes à la vapeur

 

Il y avait du « tout venant » et les « priorités ».

 

Le tout venant, c’était juste de l’information mineure, qui ne nécessitait pas de signature des parents. Donc : Poubelle.

Les priorités, c’était les choses importantes avec une date de retour. Par exemple les bulletins de notes. Là, il fallait gérer.

Mais vous savez, tout est toujours question d’organisation et surtout de préparation.

 

Les bulletins de notes vierges se trouvaient dans le bureau de Melle Del Rio. J’avais eu l’occasion de les voir souvent quand j’étais convoqué.

C’était des feuilles de format A5, avec les matières, les notes, les moyennes et les appréciations.

En bas à droite, un beau « Mr le Proviseur », une signature et un cachet.

« Mr le Proviseur » était déjà inscrit ». Et la Demoiselle tamponnait d'avance, à temps perdu Il ne manquait donc que la signature.

 

Il me suffisait donc de surveiller les sorties de la Demoiselle (qui fermait rarement son bureau à clé pour de courtes absences), et, avec un pote qui faisait le gué, d’aller prendre quelques bulletins. 4 suffisaient mais j’en prenait 6, on ne sait jamais, une erreur est vite arrivée et pourrait faire chuter la moyenne

Quant à la signature, c’était un jeu d’enfant de copier ce paraphe !

 

Mes parents recevaient donc tous les trimestres mes notes.

Ah, certes, ce n’était pas très brillant. Mais tout de même, parfois, un 9 pouvait laisser espérer que la prochaine fois, j’aurai la moyenne. Et surtout un 6 qui venait rattraper le 3 du trimestre d’avant, là, c’était carrément deux fois mieux, non ? Les appréciations étaient dures mais comme disait ma mère: Saloperie de profs!!

Vous voyez qu’en fait, l’imagination et une certaine forme d’intelligence peuvent être mises au service du bien, du moins bien, et peut-être du mal ! Un imbécile se serait mis des 18/19/20 partout !! Pas crédible !! Alors que pour moi, un 6 était pris comme « un effort » !

 

Un soir, passant dans la cour, Hélène m’appelle entre deux barreaux de la cuisine. Elle me tend une enveloppe du collège et me glisse « c’est pas bon là !! » en me regardant avec ses grands yeux ronds, sa bonne bouille appuyée entre deux barreaux.

 

(Ça vient de me revenir !! Je vous parle d’Hélène sans jamais vous la décrire. Mais je viens de retrouver qui elle est, enfin, à qui elle me fait penser dans les souvenirs que j’en ai. A Gelsomina, dans le film de Fellini, La Strada.)

 

J’empoche l’enveloppe en remerciant Hélène qui me demande si je redescendrais plus tard.

Je ne sais pas. Demain surement.

 

Je monte quatre à quatre les quatre étages et me réfugie dans ma chambre pour ouvrir l’enveloppe.

Aie ! C’est la signification de mise à pieds de trois jours !

 

Nous sommes mercredi. Donc, demain, pas d’école et la sanction prend effet lundi prochain jusqu’au au mercredi. Il me reste quatre jours pour annoncer la nouvelle ! Mais comment ?

Là, je me sens un peu dépassé ! Il faut que je réfléchisse ! Et j’attaque « like a rolling stone » de Dylan sur ma gratte........



02/08/2015
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